"A quoi bon diagnostiquer le SAF? On ne peut rien y faire...""
Publié le 22 Octobre 2013
Chez nombre de professionnels de santé, on entend cet argument à propos du SAF: « les dommages au cerveau étant irréversibles, autant ne pas démoraliser les personnes affectées ou leur familles, et donc ne pas leur révéler … »
Or, rien n’est plus loin de la réalité. Qu’on en juge par l’exemple réel de cet adolescent diagnostiqué tardivement. C’est un formidable message d’espoir pour des parents qui découvrent aujourd’hui ce handicap « irréversible »:
Juin 2010 : la descente aux enfers :
Après une scolarité ratée de bout en bout, la crise d‘adolescence culmine à 19 ans: entrée dans le mouvement punk, refus du travail et de la société, relations impossibles à la maison (ses parents ne peuvent même plus lui dire bonjour sans qu’il s’énerve…). Il part vivre dans la rue, d’abord deux semaines, se laisse convaincre de revenir, puis se sent rejeté et repart à nouveau sans laisser d’adresse. Inutile d’essayer de le joindre sur son portable : il l’a perdu, et ne donne aucune nouvelle.
Six semaines plus tard, son père le retrouve dans la rue, à 400 km du domicile familial.
Il était temps, car la spirale infernale était enclenchée :
Alcoolisme : C’est le service des urgences de l’hôpital qui l’a localisé : il a été récupéré en coma éthylique dans la rue. En plus de ces crises d’alcoolisation aigue, comme tous les SDFs de son groupe, il picolait à la bière tous les jours.
Délinquance : en six semaines, il avait déjà commis deux infractions, dont une qui lui avait valu un « rappel à la loi », et avait été impliqué dans une bagarre de SDF à la gare. A chaque fois, il n’était que suiveur, et s’en était bien tiré. Mais à ce train-là, il aurait tôt ou tard fait de la prison, avec toutes les conséquences : casier judiciaire, rencontre de vrais délinquants…
Notons des points positifs : il s’est débrouillé pour avoir toujours le vivre (en squat) et le couvert (soupe populaire, etc…), et a fait preuve d’une capacité "d’autonomie" inconnue jusqu’alors.
Découverte du SAF :
Heureusement, il accepte de revenir à la maison, chez des parents désemparés, qui ne savent pas vers quoi l’orienter. Ils l’envoient pour 6 mois au Canada chez sa tante, dans une vallée perdue… Là-bas, le SAF est rapidement détecté (par une psychologue scolaire), puis un diagnostic complet est effectué par un centre spécialisé de Vancouver (mars 2011).
Pour ses parents comme pour lui, ce diagnostic est un coup de massue : handicap à vie, besoin de tutelle à prévoir,… Lui a beaucoup de mal à accepter la réalité. Eux font venir beaucoup de documentation canadienne, surtout sur le suivi des adultes SAF, mais n’y trouvent pas de solution miracle.
… Et pourtant, dès ce moment, les attitudes changent : il sait que ce n’est pas de sa faute, son agressivité tombe, lui et ses parents peuvent à nouveau se parler.
La remontée :
De retour en France en 2011, il a une idée de projet professionnel, et démarre un CAP de coiffure en école privée. Pendant deux ans, il vit à nouveau à la maison. Les parents essayent d’appliquer les recommandations pour les personnes SAF, une somme de petites choses, faute de recette miracle:
· ne plus se battre sur certains sujets : éteindre les lumières, venir dîner à l’heure…;
· l’aider à se réveiller à l’heure, à ranger ses documents ;
· assurer une discipline stricte: contrôle d’horaire pour accès Internet ;
· malgré sa réticence à être vu comme handicapé, parler à ses professeurs de ses problèmes spécifiques.
Il fume toujours, mais ne boit presque plus. Il se dit même dégouté de certains alcools forts.
Il parle de ce qu’il apprend d’intéressant à l’école : il ne l’avait jamais fait avant.
Il a une petite amie dès son retour en France. Lui est fidèle, mais c’est elle qui est instable et la relation casse au bout d’un an. Pendant la deuxième année, il rencontre une autre fille sur Internet. Elle habite loin, mais est beaucoup plus stable : ils se rencontrent aux vacances de Pâques, puis à nouveau l’été, et la relation se confirme.
Pour les deux « CAP blancs » durant l’année scolaire, les notes sont mauvaises, et les parents sont inquiets, au point d’envisager sérieusement un nouvel échec scolaire. Pour l’aider, ils obtiennent une formule de « tiers temps » aux examens: cela le rassure, car il était toujours en retard aux épreuves pratiques.
Il affirme qu’il travaille, et qu’il est conscient de l’importance de réussir. Comme il coiffe ses amis et parents, l’entourage peut confirmer que sa technique est correcte, et que son rythme est lent mais s’améliore.
Juin 2013 : diplôme réussi !
Quand les examens arrivent, les parents surveillent particulièrement qu’il se couche tôt et soit en forme… Et le miracle se produit : il réussit son CAP, avec des notes très bonnes aux épreuves pratiques, et très correctes ailleurs. Même en maths, il a la moyenne !
Dès la fin des examens, il part retrouver son amie pour les vacances. En septembre, les parents lui trouvent une chambre chez l’habitant près de son amie, à partir de laquelle il cherche du travail. Il en trouve, au moins des travaux agricoles saisonniers. Là-encore, il n’avait jamais tenté de travaux saisonniers pendant son adolescence. En 4 mois hors de la maison, il n’a jamais passé 3 jours sans un contact téléphonique avec sa mère : rien à voir avec 2010… Dernier épisode : il a demandé et obtenu le statut de travailleur handicapé.
L’histoire n’est pas finie, et nul ne sait encore à quel degré d’autonomie il arrivera. Mais il est passé en juste trois ans d’ado en révolte totale contre ses parents et la société, à un jeune qui a fait ses preuves dans plusieurs domaines, qui accepte et sollicite l’aide familiale quand il a des difficultés, et qui souhaite s’insérer dans cette même société : une métamorphose, entièrement due à la prise de conscience …
C’est donc une faute grave de ne pas dire à une personne SAF ce qu’elle a. Si elle et son entourage sont au courant, tous auront des réactions plus appropriées, et elle reprendra confiance en elle. On sortira ainsi du terrible enchainement des « handicaps secondaires » du SAF, inévitables sans diagnostics : échec scolaire, exclusion sociale, dépression, alcoolisme, délinquance, … pour ne parler que de ce qui s’est réellement produit dans cet exemple !
SAVOIR EST UNE FORCE!
Chez nombre de professionnels de santé, on entend cet argument à propos du SAF: « les dommages au cerveau étant irréversibles, autant ne pas démoraliser les personnes affectées, et donc ne pas les diagnostiquer… »
Or, rien n’est plus loin de la réalité. Qu’on en juge par l’exemple réel de cet adolescent diagnostiqué tardivement. C’est un formidable message d’espoir pour des parents qui découvrent aujourd’hui ce handicap « irréversible »:
Juin 2010 : la descente aux enfers :
Après une scolarité ratée de bout en bout, la crise d‘adolescence culmine à 19 ans: entrée dans le mouvement punk, refus du travail et de la société, relations impossibles à la maison (ses parents ne peuvent même plus lui dire bonjour sans qu’il s’énerve…). Il part vivre dans la rue, d’abord deux semaines, se laisse convaincre de revenir, puis se sent rejeté et repart à nouveau sans laisser d’adresse. Inutile d’essayer de le joindre sur son portable : il l’a perdu, et ne donne aucune nouvelle.
Six semaines plus tard, son père le retrouve dans la rue, à 400 km du domicile familial.
Il était temps, car la spirale infernale était enclenchée :
Alcoolisme : C’est le service des urgences de l’hôpital qui l’a localisé : il a été récupéré en coma éthylique dans la rue. En plus de ces crises d’alcoolisation aigue, comme tous les SDFs de son groupe, il picolait à la bière tous les jours.
Délinquance : en six semaines, il avait déjà commis deux infractions, dont une qui lui avait valu un « rappel à la loi », et avait été impliqué dans une bagarre de SDF à la gare. A chaque fois, il n’était que suiveur, et s’en était bien tiré. Mais à ce train-là, il aurait tôt ou tard fait de la prison, avec toutes les conséquences : casier judiciaire, rencontre de vrais délinquants…
Notons des points positifs : il s’est débrouillé pour avoir toujours le vivre (en squat) et le couvert (soupe populaire, etc…), et a fait preuve d’une capacité d’autonomie inconnue jusqu’alors.
Découverte du SAF :
Heureusement, il accepte de revenir à la maison, chez des parents désemparés, qui ne savent pas vers quoi l’orienter. Ils l’envoient pour 6 mois au Canada chez sa tante, dans une vallée perdue… Là-bas, le SAF est rapidement détecté (par une psychologue scolaire), puis un diagnostic complet est effectué par un centre spécialisé de Vancouver (mars 2011).
Pour ses parents comme pour lui, ce diagnostic est un coup de massue : handicap à vie, besoin de tutelle à prévoir,… Lui a beaucoup de mal à accepter la réalité. Eux font venir beaucoup de documentation canadienne, surtout sur le suivi des adultes SAF, mais n’y trouvent pas de solution miracle.
… Et pourtant, dès ce moment, les attitudes changent : il sait que ce n’est pas de sa faute, son agressivité tombe, lui et ses parents peuvent à nouveau se parler.
La remontée :
De retour en France en 2011, il a une idée de projet professionnel, et démarre un CAP de coiffure en école privée. Pendant deux ans, il vit à nouveau à la maison. Les parents essayent d’appliquer les recommandations pour les personnes SAF, une somme de petites choses, faute de recette miracle:
{C}· ne plus se battre sur certains sujets : éteindre les lumières, venir dîner à l’heure…;
{C}· l’aider à se réveiller à l’heure, à ranger ses documents ;
{C}· assurer une discipline stricte: contrôle d’horaire pour accès Internet ;
{C}· malgré sa réticence à être vu comme handicapé, parler à ses professeurs de ses problèmes spécifiques.
Il fume toujours, mais ne boit presque plus. Il se dit même dégouté de certains alcools forts.
Il parle de ce qu’il apprend d’intéressant à l’école : il ne l’avait jamais fait avant.
Il a une petite amie dès son retour en France. Lui est fidèle, mais c’est elle qui est instable et la relation casse au bout d’un an. Pendant la deuxième année, il rencontre une autre fille sur Internet. Elle habite loin, mais est beaucoup plus stable : ils se rencontrent aux vacances de Pâques, puis à nouveau l’été, et la relation se confirme.
Pour les deux « CAP blancs » durant l’année scolaire, les notes sont mauvaises, et les parents sont inquiets, au point d’envisager sérieusement un nouvel échec scolaire. Pour l’aider, ils obtiennent une formule de « tiers temps » aux examens: cela le rassure, car il était toujours en retard aux épreuves pratiques.
Il affirme qu’il travaille, et qu’il est conscient de l’importance de réussir. Comme il coiffe ses amis et parents, l’entourage peut confirmer que sa technique est correcte, et que son rythme est lent mais s’améliore.
Juin 2013 : diplôme réussi !
Quand les examens arrivent, les parents surveillent particulièrement qu’il se couche tôt et soit en forme… Et le miracle se produit : il réussit son CAP, avec des notes très bonnes aux épreuves pratiques, et très correctes ailleurs. Même en maths, il a la moyenne !
Dès la fin des examens, il part retrouver son amie pour les vacances. En septembre, les parents lui trouvent une chambre chez l’habitant près de son amie, à partir de laquelle il cherche du travail. Il en trouve, au moins des travaux agricoles saisonniers. Là-encore, il n’avait jamais tenté de travaux saisonniers pendant son adolescence. En 4 mois hors de la maison, il n’a jamais passé 3 jours sans un contact téléphonique avec sa mère : rien à voir avec 2010… Dernier épisode : il a demandé et obtenu le statut de travailleur handicapé.
L’histoire n’est pas finie, et nul ne sait encore à quel degré d’autonomie il arrivera. Mais il est passé en juste trois ans d’ado en révolte totale contre ses parents et la société, à un jeune qui a fait ses preuves dans plusieurs domaines, qui accepte et sollicite l’aide familiale quand il a des difficultés, et qui souhaite s’insérer dans cette même société : une métamorphose, entièrement due à la prise de conscience …
C’est donc une faute grave de ne pas dire à une personne SAF ce qu’elle a. Si elle et son entourage sont au courant, tous auront des réactions plus appropriées, et elle reprendra confiance en elle. On sortira ainsi du terrible enchainement des « handicaps secondaires » du SAF, inévitables sans diagnostics : échec scolaire, exclusion sociale, dépression, alcoolisme, délinquance, … pour ne parler que de ce qui s’est réellement produit dans cet exemple !